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« Let’s Pix s’arrête ? mais pourtant ça marchait bien ! »

Let’s Pix, c’est donc terminé comme l’annonce ce lundi 22 février 2016 un confidentiel du quotidien de l’audiovisuel Satellifax. Effectivement, nous avons dû arrêter la société, clôturant ainsi six années d’une très belle aventure, ambitieuse, créative et si féconde (...)

« Let’s Pix s’arrête ? mais pourtant ça marchait bien »

 

Let’s Pix, c’est donc terminé comme l’annonce ce lundi 22 février 2016 un confidentiel du quotidien de l’audiovisuel Satellifax. Effectivement, nous avons dû arrêter la société, clôturant ainsi six années d’une très belle aventure, ambitieuse, créative et si féconde.

Pour beaucoup de personnes, notamment chez nos partenaires diffuseurs, quand ils ont appris cette nouvelle, la surprise l’a souvent disputé à l’incrédulité : « Non ? ce n’est pas possible ! » «Mais pourtant ça marchait bien ! », « Let’s Pix qui arrête, c’est un drôle de signal ! ».

Effectivement l’arrêt de Let’s Pix, vu de l’extérieur, a certainement de quoi surprendre. Mais la situation de cette société de production était devenue pour le moins paradoxale : d’un côté la société a très rapidement représenté un incontestable succès - notamment éditorial et commercial – et en parallèle, elle a dû faire face à des difficultés de trésorerie de plus en plus difficiles à supporter pour une jeune structure sous capitalisée.  

 

Let’s Pix côté pile, comme en témoigne encore son site internet, c’est un foisonnement de productions protéiformes : des bandes annonces d’exposition des grands musées, qui côtoient des web-séries créatives et surtout de très nombreux documentaires TV… De Warhol à Le Corbusier, de la face cachée du Débarquement à l’ascension au pouvoir de Napoléon, en passant par des portraits d’icones pop de la BD ou du cinéma, Let’s Pix a produit près d’une quarantaine de documentaires patrimoniaux dans le domaine culturel avec toujours ce même sens du récit affirmé, cette si caractéristique petite touche créative et une écriture toujours renouvelée. C’est cette signature qui a certainement convaincue plusieurs diffuseurs de lui confier la production de collections documentaires originales, devenues référentes comme la Grande Expo sur Paris Première (18 X 52 minutes consacrés à l’art), Criminels 2.0 sur 13ème RUE NBC Universal (6X52 minutes consacré à ces nouveaux gangsters en col blanc) ou encore Histoire Interdite sur D8 (4X90 minutes consacrés à la seconde Guerre mondiale). Des collections qui, avec leur caractère patrimonial et leur écriture très universelle, se sont rapidement exportées aux quatre coins du monde, dans une vingtaine de pays, du Brésil à la Nouvelle Zélande. Van Gogh raconté de façon rock, ça parle à tout le monde...

 

Côté face, malgré un modèle économique qui s’est montré sur la papier très pertinent, la société s’est retrouvée progressivement confrontée aux difficultés que rencontrent de nombreuses jeunes sociétés indépendantes sous-capitalisées et facilement fragilisées par des problèmes de délais de paiements, des subventions versées avec beaucoup de retard, et des échéanciers non respectés… Rien de très original finalement, disons qu’il est sans doute encore plus difficile aujourd’hui de développer ex-nihilo une marque dans notre secteur en pleine concentration sans apports conséquents de capitaux. Et dire qu’en France les jeunes PME ne sont pas aidées reste plus que jamais une litote. Car là est tout le paradoxe, Let’s Pix s’arrête avec plus d’actifs que de passifs…

 

Evidemment stopper une telle aventure est forcément un véritable crève-cœur, plus encore pour certains que d’autres. Faut-il pour autant regretter d’avoir mis tant d’énergie dans cette société ? Non, bien sur que non.

A condition de garder la tête froide, de ne pas se focaliser sur les sacrifices effectués.

Déjà par principe. Car comme le disait Paul-Emile Victor : « les seules démarches vouées à l’échec sont celles que l’on ne tente jamais ». Mais surtout parce que cette aventure collective a permis beaucoup de choses dont nous pouvons être particulièrement fiers.

 

Let’s Pix a par exemple été un vrai incubateur de talents. Des réalisateurs aujourd’hui référents y ont réalisés leurs premiers documentaires. Des journalistes, des red-chefs, des cameramen, des monteurs, des assistants de production, des graphistes… y ont appris leur métier. Peut être même plus pour certains. Car Let’s Pix n’a jamais voulu se limiter à être qu’une simple société de production audiovisuelle. Dès l’origine, il y a une ambition de faire bouger des lignes et de défendre quelques valeurs simples. Quand il y a 6 ans, nous avons avec Pauline Cathala, créée cette société sur un bout de table d’un appartement parisien, il y avait déjà la volonté de construire une agence plurimédia qui aurait le goût de raconter des histoires, de les faire vivre quelque soit le support avec une touche de créativité et l’envie d’aborder chaque film comme un prototype. Il avait surtout un vœu, celui de mettre la culture au centre.

Notre projet étant pour le dire avec la facilité d’une bonne formule de mettre notre culture du récit au service d’un autre récit sur la culture. L’idée étant de s’adresser à tous, de décloisonner la culture, casser les barrières entre ce que les anglo-saxons définissent comme la « high culture » et la « low culture ».  En bref, se dire que la culture pop mérite autant un traitement sérieux, que la culture classique doit être abordé d’une manière plus rock, moins élitiste.

Avec l’idée d’aborder sans maniérisme aussi bien l’art, l’histoire, la culture au sens large, mais aussi la science… autant d’univers qui deviennent absolument nécessaire pour comprendre notre monde en pleine mutation, et en refusant l’enfermement hexagonal. Avec ce choix qui a été fait dès le départ, de nombreux talents nous ont rejoint partageant la même volonté d’ouvrir ces thématiques avec générosité et modernité, en renouvelant les écritures dans ces univers. Comme par exemple Yoan Zerbit qui à nos côtés a rapidement développé des collections très pop et pour qui le personnage fictif Hannibal Lecter raconte certainement autant sur notre époque qu’un cochon tatoué par l’artiste Wim Delvoye. Question de récit.

 

Le succès éditorial de ces productions à forte valeur ajoutée culturelle, mais aussi de leur distribution à l’étranger, ont d’une certaine manière validé ces intuitions, ce modèle ambitieux.

Du coup, cet état d’esprit loin de périr avec la liquidation de la société ne peut que continuer à essaimer, à se développer ailleurs, sous d’autres formes, en tirant les leçons de cette première phase de l’histoire.

Au même titre que le groupe The Exploited le criait en 1981 avec son titre devenu un slogan « Punk is not dead » manière pour eux de revendiquer que la fin des Sex Pistols ou le virage pop des Clash ne voulait pas dire que leur mouvement était mort. Pour eux, il ne mourra jamais car il sera toujours là pour déranger la société.

 

En tout cas, ceux qui se sentent dépositaires de l'état d’esprit de Let's Pix, et qui ne veulent pas le trahir, vont continuer à « faire de la télévision » sans pour autant être condamnés au cynisme, et, j’en suis certain, considèrent plus que jamais que cet outil ne se résume pas forcément à un simple appareil électroménager…

Cette aventure maintenant va en engendrer d'autres. Elle reprend déjà sous d’autres formes.

De mon côté, avec une fidélité vraiment assumée à cet état d’esprit, avec une ambition peut être même encore plus concentrée, sans doute avec encore plus de certitudes et moins de concessions, mais avec encore plus d’envie et d'appétit.

To be continued…

 

Nicolas Valode

Fondateur de Let’s Pix